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DERECHOS


1976-2001: 25 anes d'impunité


1976 - 1983: la dernière dictature militaire.

Par Claudio Guthmann, collaborateur Radio Campus Latino.


C'est pratiquementsans créer desurprise queles militairesprennent le pouvoirle 24 mars 1976. Il y a un moment que le bilan catastrophique du gouvernement d'Isabel Peron distille l'idée dans une frange importante du public argentin qu'un coup d'Etat sera inévitable, voire même l'unique issue possible à la crise.


Dans son editorial du 27 mars, 3 jours après le putsch de la junte militaire, le très respecté journal de centre gauche "La Opinion" écrivait : "Les Argentins, quels que soientleur condition et secteur (factirité remercient le gouvernement militaire d'avuir misfin a un vaste chaos qui concourait à ludissfilutioa au pays et le remercient de sasobriété et tu sa sérénité'".

Sur le même ton et face à la presse étrangère, le général Jorge Rafaël Videla fraîchement nommé à la tête de l'Etat proclame un mois plus tard : "Notre objectif essentiel est de permettre le plein exercice de la démocratie représentative, républicaine et fedérale".

Les militaires s'installent donc aupouvoir au quasi soulagement dupublic, soulagement qu'ils s'attachentà entretenir dans leurs discours.

Leur programme rient en trois points : rétablissement de l'ordre et la sécurité, assainissement moral face à la corruption et modernisation économique, auxquels on pourrait ajouter une réforme de l'éducation.

Cependant, chaque objectif déclaré encache un autre. Ainsi la "modernisation économique" visera aussi, comme le reconnut plus tard. le ministre des Finances du président Videla Juan
Alemann, "à mâter les syndicats, qui ont trop de pouvoir dans ce pays".

La modernisation économique

José Martinez de Hoz, le ministrede l'Économie de la junte avait pours slogan favori : "implanter une économie productifs à la place d'une économie spéculative". Homme d'affaires proche du secteur bancaire et financier des Etats-Unis, Martinez de Hoz a surtout appliqué une politique ultralibéral evisant à attirer les investissements étrangers et développer le commerce extérieur.

Les prix furent libérés et les barrières douanières radicalement réduites afin de créer une "économie ouverte" au bénéfice des spéculateurs financiers, des exportateurs agricoles et des entreprises internationales. En dix mois de cette politique musclée, les salaires baissèrent de plus de 50 %.

Cette récession du pouvoir d'achat des citoyens s'accompagna d'une répression politique impitoyable quise prolongea jusqu'à l'intérieur des entreprises, où pourtant la présence des groupes guérilleros était minime,cherchant à casser toute organisation ouvrière et laisser les travailleurs sans défense face aux nouvelles orientanons de la "modernisation économique".

En juillet 1977, l'ambassade des Etats-Unis elle-même estimait qu'environ 750 à 1000 syndicalistes sans aucun lien avec la guérilla avaient été arrêtés et vraisemblablement 500 d'entre eux tués.

Le syndicat Luz y Fuerza (Lumière et Force) du secteur de l'énergie électrique, l'un des plus puissants du pays, opposa une forte résistance à la junte, ce fut même le mouvement syndical le plus dynamique.

À l'arrivée des militaires, la compagnie publique d'électricité SEGBA fonctiotinair selon un système d'autogestion des travailleurs, unique dans l'histoire du pays. Ce système avait fait progresser la productivité de l'en-treprise, notamment en réduisant considérablement les grèves et lessabotages.

Le coup d'Etat mie, bien entendu, fin à l'expérience. Deux cent soixante employés furent licenciés et les conventions collectives dénoncées.

Lorsque la Banque mondiale exigeala privatisation de SEGBA, le monde syndical s'est cabré. Alors que les disparitions et assassinais politiques étaient à leur apogée, le syndicat Luz y Fuerza décida de s'opposer à la privatisation forcée.

L'organisation dirigée par Oscar Smith, dit "Eñ Negro" multiplia les actions pour contraindre la Junte à négocier. Manifestations, grèves et sabotages de la production se succédèrent dans un bras de fer inégal.

Plusieurs dirigeants du syndicat furent enlevés et sauvagement corrurés et 6 d'entre eux ne furent jamais retrouvés.

Le 4 février 1977, aprèsune réunion de 4 heures, la junte militaire décrétait le caractère "subversif" des activités de Luz y Fuersa. Le 11 février au matin, après avoir quitté le domicile de ses parents, Oscar Smith était enlevé pour ne jamais être retrouvé.

Le président Videla, interrogé plus tard personnellement par la femme d'Oscar Smith qui s'est démenée pour retrouver son mari. n'exclua pas qu'il ait puerre enlevé par des groupes parapoliciers ou paramilitaires.

"Voyez-vus",lui répondit-il. "le chapelet à la main, votre mari était quand même trop impliqué dans le syndicat" La disparition d'El Negro brisa larésistance des travailleurs du secteurde l'électricité. La grève fût levée lelendemain de sa disparition.

Mundial 78: champions!

En 1978, la paix des cimetières succède à la répression. La guérilla est anéantie, le syndicalisme combatif liquidé. Les disparus se comptentpar milliers mais personne -oùpresque- n'ose encore en parler.

La corruption du régime, qui deviendra scandaleusement apparence un peu plus tard, reste occulte et les conséquences de la politique ultralibérale de Martinez de Hoz ne sont pas encore tour à fait perceptibles.

Il s'agit, peut-être, de la période la plus stabledu régime militaire. La Junte annonce que le général Videla restera à la présidence jusqu'en 1981 et le semestre se termine en apothéose avec l'organisation en Argentine du Mundial et la victoire de l'équipe nationale qui remporte en juin la fina le du plus populaire des championnats de foot.

Fallait-il prôner le boycott desjeux argentins? De nombreux groupes d'exilés politiques, en Europe et aux États-Unis, l'ont pensé. Pas tous. L'écrivain Nicolas Casullo, exilé au Mexique, écriraplus tard, "que cette idée curieuse d'intellectuels de gauche selon la quelle a grand championnat ici ioti serait la conscience des classes subalternes et renforcerait le pouvoir militaire n'était qu'unenouvelle version de cette insupportable idée selon la quelle, inévitablement. il suffirait "de pain et de cirque" pour avoir lafaveur des masses...".

Dans le même sens, le grand écrivain Ernesto Sabato dira au moment du Mundial qu'un boycott de la Coupe du monde n'aurait pas été simplement un boycott contre le pouvoir militaire, mais un boycott contre tcoût le peuple argentin "qui n'aurait pas mérité ça.." Le général Videla. cependant, saura tirer partide l'événement sportif: il assistera à huit rencontres ne manquant aucune occasion de se monter aux côtés des champions devant les photographes.

L'année 1978 sera égalementmarquée par le conflit frontalier avec le Chili. L'enjeu: le canal de Beagle et les revendications argentines en Antarctique. Après avoir rejeté, en janvier, l'arbitrage britannique favorable aux Chiliens, l'intransigeance argentine placera les deux pays au bord de la guerre et coûtera des millions de dollars en armement. Il faudra les pressions conjuguées du Vatican et des Etats-Unis pour éviter in extremis la confrontation.

La crise économique.

Cependant, 1978 se termine avec une inflation de 170 %. En même temps, les revenus se concentrent entre quelques mains: la participation des salariés dans le revenu total du pays est passée de 50 à 30 % entre 1975 et 1978.

Cependant cette extraordinaire concentration des revenus ne nourrira pratiquement pas l'investissement productif.

Guidés par une tradition qui leur est propre, les secteurs dominants de la société argentine se consacreront non pas à la production mais à laspéculation financière à grande échelle.

Même si la pression internationale sur les violations des droits del'homme commence à devenir perceptible, c'est sur le terrain économique que les généraux essuient leurs premières critiques. Le programme économique de Martinez de Hoz n'a pas su maîtriser les dépenses publiques, ni contrecarrer l'explosion de la dette extérieure qui représente presque la moitié du PIB àl'aube des années 80.

Les maigres bonus économiques,obtenus "le revolver sur la tempe des travailleurs", sont dilapidés en manúuvres politiques ou en dépenses militaires. Les efforts pour maintenir la valeur du peso, la monnaie nationale, à un niveau artificiellement élevé, stimulent las spéculation et provoquent la migration de très nombreux capitaux versl'étranger.

En 1980, l'économie argentineest emportée par la récession la plus importante de toute son histoire. Le PIB par habitant plonge en dessousde celui de 1974, la production industrielle également. Le chômage total ou partiel atteint d'après l'Union industrielle argentine, la principale organisation patronale, 13 % de la population active. L'inflation devient l'une des plus élevées au monde.

Droits humains, les premières lézardes.

Sur le front des droits humains,la pression internationale trouve àpartir du Mundial un écho grandissant. Peu à peu, la presse nationale ose publier des encarts payés exigeant que soit éclairci le sort des disparus.

Et en septembre 1979, les autorités militaires sont obligées d'accueillir une importante délégation de la "Commission interaméricainedes droits humains" de l'OEA (Organisation des États d'Amérique). La présence de la CIDH servira de prétexte pour une intense campagne officielle sur le thème "Les Argentins, droits, et humains". "Comment les Etats-unis osent-ils nous parler de droits humains,quand on sait que dans ce pays il y a un million d'avortements par an", s'insur-ge le recteur de l'Université catholique, monseigneur Octavio Derisi.

La CIDH restera en Argentinependant 2 semaines et rencontrerade nombreuses personnalités du gouvernement et de l'opposition. En même temps, les plaintes pour violation des droits humains commencent à affluer au siège de l'OEA à Buenos Aires. Des centaines de parents de disparus font la file pour donner leur témoignage.

L'année suivante, en 1980, l'argentin Adolfo Ferez Esquivel, ancien prisonnier de la dictature militaire et fondateur du "Service Paix et Justice" qui lutte contre les violations des droits humains enArgentine et dans toute l'Amérique latine obtient le prix Nobel de laPaix. "La nouvelle, titre le journal "Clarin" le 14 octobre 1980, a été accueillie avec surprise dans le pays". Ainsi, peu à peu, et malgré la propagande officielle, l'épouvantable répression qui s'est abattue sur le pays à partir du 24 mars 1976 commence à être connue des Argentins...

En mars 1981, l'éphémère général Viola succède au général Videla àla tête de l'Etat. En décembre, Leopoido Fortunato Galtieri, chef d'état-major de l'armée, lui succèdedans une ambiance survoltée. Dans les rues, les manifestations sur la question des disparitions sont de plus en plus nombreuses. La situation économique est désastreuse. Le 31 mars 1982, malgré le danger, 15 000 personnes manifestent à l'appel de la CGT contre la crise économique. La répression policière faitde nombreux blessés mais le régimeest touché.

C'est dans ce contexte que, le 2avril 1982, une expédition militaire argentine s'empare des Iles Malouines, occupées et habitées par des Britanniques depuis le XIXe siècle. Contrairement à ce que lesmilitaires argentins avaient cru, laGrande-Bretagne de Margaret Thatcher riposte vigoureusement.Des milliers de soldats britanniques débarquent sur les îles.

En Argentine, une gigantesque campagne de propagande entretient le mensonge pendant plus de 2 mois.La fibre nationaliste est exploitée à fond et la population y croit. Quelques jours avant la reddition, le journal "Cronica" titrait encore, "Victoires écrasantes, dans les airs et dans la mer" et "La Nacion", "La tentative de débarquement se solde par desérieuses pertes britanniques".

Lorsque les forces argentines se rendent, après 74 jours de guerre, etla perte d'environ 1000 hommes, l'appui public à la guerre se transformera en indignation et scepticisme.

Secouée et bouleversée par cette déroute inattendue, l'opinion publique, longtemps endormie parla propagande ou atterrée par larépression du gouvernement militaire, se leva enfin contre la corruption administrative, les séquelles de l'impitoyable répression et ses 30 000 disparus, ou la débâcle économique.

Le 1er mars 1983, le général Bignone, qui avait succédé au général Galtieri à la présidence de la république, annonça officiellement la tenue d'élections générales le 30octobre 1983.

Quelques mois plustard, avec Raul Alfonsin, le nouveau président élu, s'ouvrait pour le paysune nouvelle étape. Pleine d'espé-rance, encore une fois...

[Source: Demain Le Monde, Bruxelles, Belgique, février 2001]

DDHH en Argentina

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Este documento ha sido publicado el 14may01 por el Equipo Nizkor y Derechos Human Rights