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05Déc18


L'ONU innove pour relancer une négociation ensablée


Vieux de 43 ans, le conflit du Sahara occidental va-t-il enfin trouver sa solution ? Après des décennies d'impasses et des négociations totalement ensablées depuis 2012, l'émissaire des Nations unies Horst Köhler est bien décidé à remettre les protagonistes en selle pour fixer un avenir à ce dernier territoire du continent africain en attente d'un statut post-colonial.

Encouragé par Antonio Guttieres, le secrétaire général des Nations unies, et même par le Conseil de sécurité, l'ancien président de la République allemand réunit ces mercredi et jeudi à Genève le Maroc, le Front Polisario, l'Algérie et la Mauritanie pour une « table ronde initiale » sur le conflit.

Il espère, non pas tant la relance des négociations, alors que le Maroc et le Polisario continuent à se regarder en chiens de faïence, mais des discussions engageant tous les Etats concernés. Un changement de méthode et un format inhabituel qui, selon l'ONU, devraient permettre de briser un lancinant statu quo sur le sort de cette ancienne colonie espagnole abandonnée par Madrid en 1975, et qui abrite 500.000 habitants.

Long face-à-face

Le Polisario soutenu par l'Algérie, qui a proclamé en 1976 une République arabe sahraouie démocratique (RASD), réclame un référendum d'autodétermination pour régler le conflit né au moment du départ des colons espagnols. En 1975, Madrid avait cédé le nord et le centre du territoire au Maroc, et le sud à la Mauritanie ; en 1979, la Mauritanie avait signé un accord de paix avec le Polisario en renonçant au sud du Sahara... dont Rabat a rapidement pris le contrôle de la quasi-totalité.

Le Maroc contrôle donc 80 % d'un territoire désertique de 266.000 km2, traité comme ses dix autres provinces et riche d'un millier de kilomètres de côtes très poissonneuses et d'un sous-sol gorgé de phosphates. Le royaume ne veut entendre parler de rien d'autre qu'une autonomie sous sa souveraineté. « Stabilité régionale » oblige, affirme Rabat.

Quand le Maroc assure développer économiquement la région, coupée du nord au sud par un « mur de défense » long de 2.700 km, le Polisario, lui, crie au pillage de ses ressources naturelles.

Détente entre Rabat et Alger

Aujourd'hui, le problème semble toutefois se poser sous un meilleur jour, relèvent les observateurs. Et l'ONU, qui prévoyait en 1992 l'organisation d'un référendum qui n'a jamais eu lieu, espère enfin pouvoir dépasser une situation qui à ses yeux « échappe à la normalité ». L'évolution des relations Maroc-Algérie l'y aidera peut-être.

Le roi du Maroc a en effet surpris début novembre en proposant à Alger - depuis toujours « tuteur » diplomatique du Polisario - un « dialogue direct et franc » et la création d'un mécanisme conjoint au niveau ministériel, chargé de « dépasser les différends ».

Rabat souhaite à l'évidence prendre à témoin la communauté internationale, et surtout reprendre des relations diplomatiques normalisées avec Alger, avec notamment la réouverture de la frontière terrestre entre les deux pays, fermée en 1994 à la suite de l'imposition de visas aux Algériens après l'attentat terroriste de Marrakech. La dernière rencontre entre les deux chefs d'Etats remonte à 2005.

Sur le fond, le Sahara occidental plombe depuis 40 ans les relations entre les deux pays qui y perdent même économiquement : selon la Banque mondiale, les deux économies auraient pu doubler de volume entre 2005 et 2015 si elles s'étaient intégrées commercialement...

Pression de Washington

Alger, qui cherche à éviter les relations purement bilatérales avec Rabat mais sera présent à Genève, ne lui a pas répondu directement, mais a de son côté demandé une réunion du Conseil des ministres des Affaires étrangères des cinq pays membres de l'UMA (Union du Mahgreb Arabe), en vue de relancer une organisation en quasi-sommeil du fait des différends algéro-marocains.

Entre enfin en lice la pression de Washington, où le nouveau conseiller à la Sécurité nationale de Donald Trump, John Bolton, a toujours affiché son soutien à un référendum d'autodétermination au Sahara occidental. Les deux jours à venir permettront peut-être de faire enfin évoluer la situation.

[Source: Pour Daniel Bastien, Les Echos, Paris, 05Déc18]

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small logoThis document has been published on 220Dec18 by the Equipo Nizkor and Derechos Human Rights. In accordance with Title 17 U.S.C. Section 107, this material is distributed without profit to those who have expressed a prior interest in receiving the included information for research and educational purposes.