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13nov18


La conférence de Palerme sur la Libye plombée par les divisions


La conférence internationale sur la Libye, qui a eu lieu lundi et mardi en Sicile, a été plombée avant même son ouverture par les divisions persistantes entre Libyens d'une part et entre pays tiers impliqués d'autre part.

Boycott de l'un des principaux acteurs sur le terrain, le maréchal Khalifa Haftar, l'homme fort de l'est de la Libye, coup de colère de la Turquie, qui a claqué la porte de la conférence : rien n'aura été épargné au nouveau gouvernement italien, soucieux pourtant de réussir ce rendez-vous de Palerme, son premier grand défi diplomatique.

"Nous n’avons pas, je veux être clair, jamais eu la prétention de fournir, à travers cette conférence, la +solution+ à la crise libyenne", a reconnu mardi, au cours de l'unique session plénière, le chef du gouvernement italien Giuseppe Conte. Des déclarations faites en l'absence de deux acteurs importants en Libye, pays en proie au chaos depuis 2011 : la Turquie et le maréchal Haftar.

Ce dernier a maintenu jusqu'à la dernière minute le suspense sur sa participation à cette conférence, qu'il a finalement boycottée, jugeant, selon son entourage, certains participants trop proches de la mouvance islamiste. M. Haftar, accueilli lundi soir par M. Conte sur le perron de la somptueuse Villa Igiea, sur les hauteurs de Palerme, avait déjà refusé de prendre part au dîner.

Il a toutefois accepté de retrouver mardi matin les représentants de plusieurs pays actifs dans le dossier libyen, dont l'Egypte, la Russie, l'Algérie, la Tunisie et la France. Le chef du gouvernement d'union nationale (GNA) internationalement reconnu, Fayez al-Sarraj, était également présent à cette "réunion informelle" convoquée par M. Conte.

La Turquie, qui était exclue de cette dernière, a alors choisi de quitter la conférence, se disant "profondément déçue". "Toute réunion qui exclut la Turquie ne peut être que contre-productive pour la solution du problème", a déclaré dans un communiqué le vice-président turc Fuat Oktay, dont le pays joue pourtant un rôle clé dans la crise libyenne.

- 'Prise d'otage' -

"Malheureusement, la communauté internationale n'a pas été capable de s'unir ce matin", a encore regretté Ankara. La Turquie a également déploré que certains pays, qu'elle n'a pas nommés, "continuent à prendre en otage le processus (politique en Libye) au nom de leurs propres intérêts".

La Turquie entretient des rapports difficiles avec l'Egypte, l'un des principaux soutiens du maréchal Haftar.

"Chaque pays est en droit d’avoir ses propres ambitions en Libye, mais chacun doit admettre que la concrétisation de ces ambitions requiert d’abord une Libye en paix, dans la préservation de son unité et de son intégrité", a rappelé le Premier ministre algérien Ahmed Ouyahia au cours de la réunion informelle du matin.

"Le rôle de la communauté internationale est de soutenir un règlement en Libye, sans parti pris", a dit de son côté à Palerme le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi, cité au Caire par un porte-parole.

Pour autant, M. Conte et l'émissaire des Nations unies en Libye Ghassan Salamé veulent croire à l'utilité de ce rendez-vous, qui fait suite à la conférence de Paris sur la Libye en mai dernier.

A l'occasion d'une conférence de presse, M. Salamé s'est dit "rassuré" sur l'engagement des Libyens en vue d'un règlement de la crise libyenne et notamment sur leur soutien à la "conférence nationale" qu'il entend convoquer pour le printemps prochain. L'organisation de cette conférence nationale a été "rendue plus facile" aujourd'hui, a-t-il estimé, grâce au "soutien unanime" des différentes parties libyennes et à "l'engagement clair des Libyens à y participer".

"Les Nations unies doivent rester l'étoile polaire du processus de stabilisation de la Libye", a quant à lui rappelé M. Conte.

Le départ fracassant de la Turquie a en tout permis d'éclipser les frictions passées entre la France et l'Italie sur le dossier libyen, aujourd'hui "dépassées", selon des déclarations de M. Salamé lundi au quotidien arabe Al Ahram, reproduites par les médias italiens.

Le ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian, présent à Palerme, est resté très discret et a quitté la Sicile mardi sans faire de déclarations. Le quai d'Orsay avait toutefois dit lundi "souhaiter le succès de cette conférence".

[Source: La Croix, Afp, Paris, 13nov18]

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